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L’Ascétisme (Az-Zouhd) |
Introduction
Selon le petit Larousse, l’ascétisme, est le caractère de ce qui est conforme à l’ascèse ; la pratique de l’ascèse. L’ascèse est une discipline de vie, un ensemble d’exercices physiques et moraux pratiqués en vue d’un perfectionnement spirituel.
En islam, l’ascétisme ( en arabe Az-Zouhd) consiste non pas à délaisser cette vie ici-bas mais de s'en désintéresser. C’est de s'élever de telle sorte que nul et rien, en dehors de Dieu, n'occupe l'esprit, car tout ce qui est en dehors de Lui ne vaut pas l'aile d'un moucheron.
L'importance de l'ascétisme
Abul-Abbas Sahl Ibn Sa’d al-Sa’idi (r.a) rapporte ceci :
« Un homme vint auprès de l’Envoyé
d’Allah (sallâllâhou
alayhi wa sallam) et lui dit : Ô Envoyé d’Allah ! Indique-moi
une œuvre qui, lorsque je l’accomplis, Allah m’aime et les gens m’aiment. Il lui
dit : Ne convoite pas ce monde, Allah t’aimera et ne convoite pas les bien
d’autrui, les gens t’aimeront ».
Ce hadith montre qu’Allah aime les
ascètes qui ne convoitent pas les biens de ce monde. Du reste, on a dit à ce
sujet : « Si l’amour de ce monde est la meilleure des stations, l’ascétisme dans
ce monde est le meilleur des états ». Ainsi, l’ascétisme consiste en ce que
le désir se détache de l’objet pour rechercher ce qui est meilleur. Quant à la
connaissance qui produit cet état, elle consiste à savoir que l’objet délaissé
est méprisable au même titre que celui qui est convoité. Ainsi, celui qui sait
que ce qui est auprès d’Allah est impérissable et que la Vie Futur est meilleure
sait également que le diamant est meilleur que la glace. Car le monde d’ici-bas
s’apparente à de la glace exposée au soleil, qui ne cesse de fondre sous la
chaleur. En revanche, la Vie Future s’apparente à une pierre précieuse
indestructible. Aussi, c’est en fonction de la certitude de l’inégalité entre le
monde d’ici-bas et la Vie Future que s’intensifie le désir d’échanger l’un pour
gagner l’autre. Du reste, le Coran loue dans plusieurs passages l’ascétisme dans
cette vie ici-bas et blâme la convoitise :
« Vous préférez la vie de ce monde
alors que la vie de l’Au-delà est meilleure et qu’elle durera
éternellement » (S.87 ; V. 16 et 17).
« Vous voulez les biens de ce
monde. Allah veut, pour vous, la Vie Future » (S.8 ;
V.67).
« Ils ont joui de la vie de ce
monde. Qu’est donc la vie de ce monde en comparaison de la vie dernière sinon
comme une jouissance éphémère ?» (S.13 ;
V.26).
De même, nombreux sont les ahadith sur le
dédain de ce bas monde. En effet, il est rapporté dans le recueil de Muslim,
d’après Djâbir (r.a), que :
« Le Prophète
(sallâllâhou
alayhi wa sallam) traversait le marché avec des gens autour de lui. Passant près
d’une carcasse d’un chevreau qui avait de petites oreilles, il le prit par une
oreille et dit : lequel de vous le veut pour un dirham ? les gens présents lui dirent : Nous ne
le voulons pour rien ! Que pouvons-nous faire de lui ? Il leur dit : Vous
aimeriez l’avoir ? Ils dirent : Par Allah ! vivant il a déjà une malformation !
n’en parlons pas quand il est mort. Il leur dit : Par Allah ! le bas monde est
pour Allah plus méprisable que ce chevreau pour vous »
Il est rapporté également dans le même
recueil d’après al-Mustawird Ibn Shaddad al-Fihri (r.a) que le Prophète
(sallâllâhou
alayhi wa sallam) a dit : « Ce bas monde par rapport à la Vie Future
s’apparente au geste de l’un de vous qui trempe son doigt dans un fleuve : Qu’il
voit ce qu’il peut en retirer ».
De son coté,
Tirmidhi recense dans son recueil le hadith rapport Sahl Ibn Sa’d où le Prophète
(sallâllâhou alayhi wa sallam) dit : « Si le bas monde valait auprès
d’Allah l’aile d’un insecte, Il n’en abreuverait pas le mécréant d’une goutte
d’eau ».
Donc l’ascétisme, c’est le fait de se
détourner d’une chose, de la mépriser et de s’en passer. Yunus Ibn Maysara dit à
ce sujet : « L’ascétisme dans ce bas monde, ce n’est pas d’interdire ce qui
est licite ou de dilapider un bien, c’est d’être plus confiant en ce qui est la
main d’Allah qu’en ce qui est dans ta main ; c’est que ton état dans l’adversité
et à l’abri de l’adversité soit le même et que ton attitude soit la même envers
celui qui te loue et celui qui te critique justement ». Il explique ainsi
l’ascétisme dans ce bas monde par trois choses qui relèvent de l’action du cœur
et non de celle des organes . C’est pourquoi d’ailleurs, Abu Sulayman disait :
« Ne témoigne d’ascétisme envers quiconque ».
La première des ces trois choses consiste en ce que
le serviteur soit plus confiant dans ce qui est dans la main d’Allah que dans ce qu’il possède lui-même. Ceci
provient de la véracité de la certitude et de sa force. On dit à Abu Hazim
l’ascète : « Quel est ton bien ? et il a répondu : « J’ai deux sortes de bien
avec lesquels je ne crains la pauvreté : la confiance en Allah et la
désespérance dans ce que possèdent les gens ». On lui dit : « Ne crains-tu pas
la pauvreté ? », et il a répondu : « Moi craindre la pauvreté ! alors que mon
maître possède ce qui est dans les cieux, sur la terre et ce qui est entre les
deux ! ». De son côté, Abu-Fudayl Ibn ‘Iyadh disait : « La substance de
l’ascétisme, c’est d’être satisfait d’Allah. Celui qui se contente de peu, il
est ascète et il est riche. Celui qui réalise la certitude, se remet totalement
à Allah dans toutes ses affaires, se contente de ce qu’Il Lui réserve et
s’abstient de s’attacher aux créatures par crainte ou espérance ; ceci lui fait
éviter la recherche des biens de ce monde sous la contrainte. Celui qui est
ainsi, est vraiment un ascète. Il est le plus riche des hommes même s’il ne
possède rien de ce monde ». De même ‘Ammar a dit : « La mort suffit comme
source d’exhortation. La certitude suffit comme
source de richesse et l’adoration suffit comme occupation ». Ibn
Mas’ud (r.a) a dit : « La certitude consiste en ce que tu n’agrées pas les
hommes en courrouçant Allah, que tu n’envies aucun homme pour les subsistances
accordées par Allah, que t ne fasses aucun reproche à un homme pour ce qu’Allah
ne t’a pas donné. Car les subsistances d’Allah ne sont acheminées sous l’effet
de la convoitise d’aucun homme ni ne sont acheminées sous l’effet de la haine
d’aucun homme. En effet, par Son équité, Sa science, Sa sagesse, Allah a placé
la joie et le contentement dans la certitude et la satisfaction et Il a placé
les soucis et la tristesse dans le courroux et le
doute ».
La deuxième chose consiste en ce que le serviteur,
en subissant une adversité comme la perte d’un bien ou d’un être cher etc.… soit
plus attaché à la rétribution qui en découle, qu’à la garde et la possession de
ce bien. Ceci aussi naît de la certitude parfaite. ‘Ali (r.a) a dit : « Celui
qui renonce à ce bas monde supporte aisément les coups de l’adversité ». Un
ancien sage a dit également : « Si ce n’étaient les épreuves de ce bas monde,
nous atteindrions la Vie Future complètement dépourvus de bonnes
actions ».
La troisième chose consiste en ce que pour le
serviteur soit égal qu’on le complimente ou qu’on le dénigre pour la vérité.
C’est-à-dire que lorsque l’attachement est grand dans le cœur du serviteur pour
ce bas monde, il préfère les compliments et déteste les critiques. Ceci l’amène
souvent à délaisser beaucoup de vérité par crainte des critiques et à commettre
beaucoup d’erreurs et de futilités par espoir des compliments. Ainsi, quand le
serviteur trouve égal pour lui qu’on le complimente ou qu’on le dénigre, cette
attitude montre le peu de cas de la position des créatures dans le cœur qui est
rempli de l’amour pour Allah et de tout ce qui procure l’agrément de Son
Seigneur. Ceci est attesté par la sentence suivante d’Ibn Mas’ud (r.a) : « La
certitude consiste en ce que tu ne provoques pas la satisfaction des gens par ce
qui provoque le courroux d’Allah ». Du reste, Allah a loué ceux qui luttent
pour Lui et ne craignent aucun reproche d’un mortel. On a d’ailleurs rapporté
d’autres traditions des anciens sages sur l’ascétisme. Ainsi, Al-Hassan al-Basri
a dit : « L’ascète est celui qui dit en voyant un autre : il est plus ascète
que moi ». On a interrogé quelqu’un (je crois que c’est l’imam Ahmad Ibn
Hanbal) pour savoir si celui qui possède des biens peut-être considéré comme
ascète ? Il a répondu : « S’il ne se réjouit pas de l’augmentation ou de la
diminution de ces biens, il est un ascète ». Ibrahim Ibn Adham a dit :
« L’ascétisme est de trois sortes : un ascétisme d’obligation, un ascétisme
de mérite et un ascétisme de sûreté. L’ascétisme d’obligation, c’est de ne pas
tremper dans l’illicite ; l’ascétisme de mérite, c’est de se passer des choses
licites ; l’ascétisme de sûreté, c’est d’éviter les choses douteuses ».
Ainsi, celui qui troque le monde d’ici-bas pour la Vie Future est un ascète dans
ce monde ; celui qui troque la Vie Future pour ce bas monde est lui aussi un
ascète, mais il s’agit d’un ascète contre la Vie Future. Un homme dit à un
saint : « Je n’ai jamais vu un homme plus ascète que toi ! ». Il lui a
répondu : « Tu est plus ascète que moi, car moi j’ai renoncé à un monde
d’ici-bas éphémère et incertain tandis que toi tu as renoncé à la Vie Future.
Qui pourrait donc être plus ascète que toi ? ». Cela dit, on a pris
l’habitude d’appliquer le nom de l’ascèse à l’ascèse dans ce bas monde. C’est
pourquoi lorsqu’on a dit à Ibn al-Mubarak : « Ô toi ! l’ascète ! ; il
a répondu : le véritable ascète c’est le calife Ommayade ‘Omar ibn ‘Abdelaziz
parce qu’il a délaissé ce bas monde qui s’est offert à lui. Quant à moi, à quoi
ai-je renoncé ? ».
Al-Hassan al-Basri a dit : « J’ai connu des gens et j’étais le compagnon de personnes qui ne se réjouissaient d’aucune chose de ce bas monde qui s’offraient à eux, qui ne regrettaient aucune chose dont ils se privaient, car à leur yeux tout ceci ne valait même pas la poussière. L’un d’eux vivait une année ou même deux sans acquérir un vêtement pour se couvrir ou s’offrir un ustensile pour cuire ses aliments ou installer un lit pour dormir ou ordonner dans sa maison qu’on lui fasse préparer un repas. La nuit venue, ils se mettaient debout pour prier ; leur visages prosternés, des larmes jaillissant de leurs, implorant le Seigneur de les sauver. Lorsqu’ils accomplissaient une bonne action, ils ne cessaient de remercier Allah et de L’implorer pour qu’Il l’accepte ; lorsqu’ils commettaient une mauvaise action, ils s’en attristaient et imploraient Allah pour qu’Il la leur pardonne. Ils ne cessaient d’agir de la sorte. Par Allah ! ils ne sont sauvés des péchés que par le pardon. Qu’Allah les prenne en miséricorde et les agrée ».
Les
degrés de l’ascétisme
Premier degré : renoncer à ce bas monde tout en le
désirant, en y inclinant avec son cœur et son âme mais en luttant et en
s’efforçant d’y faire face.
Second degré : c’est le cas de celui qui renonce
volontairement à ce monde parce qu’il le méprise et méprise celui qui le
convoite. Mais il reste attentif à son renoncement, comme celui qui renonce à un
sous pour deux sous.
Troisième degré : celui qui renonce volontairement à ce
monde renonce à son propre renoncement. De sorte qu’il ne voit même pas qu’il
abandonne quelque chose. Le détenteur de ce degré s’apparente à celui qui a été
empêché d’accéder au seuil du roi par la présence d’un chien. Cet homme jette un
morceau de pain au chien pour l’occuper et accéder ce temps auprès du roi. Ainsi
Satan est un chien sur le seuil d’Allah empêchant les gens d’y accéder bien que
la porte soit ouverte et le rideau relevé ; et ce bas monde est une bouchée de
pain pour celui qui l’abandonne en vue d’accéder auprès du roi. Comment un tel
homme peut-il prêter attention à cette bouchée de
pain ?
Conclusion
L’imam Ahmad Ibn Hanbal rapporte d’après
Sufyan :
« ‘Issa Ibn Maryam disait : L’amour de
ce monde est à l’origine de tout péché et les biens pécuniaires en lui,
constituent un mal grave. On a dit : quel est ce mal ? Il a répondu : on ne peut
se débarrasser de la fatuité et de la vanité. On a dit : si on arrive à s’en
débarrasser ? Il a répondu : pour celui qui possède ces biens, le fait de les
fructifier le détourne de l’invocation et de la mention
d’Allah »
Ainsi, c’est l’amour de ce monde qui
remplit l’Enfer de ses habitants et c’est l’ascèse dans ce monde qui remplit le
Paradis de ses habitants. En effet, l’ivresse d’amour pour ce monde est plus
prenante que l’ivresse du vin. Car celui qui s’y adonne ne se réveille plus que
dans l’obscurité de la tombe. Yahya Ibn Mu’ad disait : « Ce monde est le vin
du diable. Celui qui s’en enivre ne se réveille qu’au milieu des morts, dans le
regret avec les perdants »
Néanmoins, il faut savoir que
l’ascétisme n'a aucune
contradiction avec la richesse ; le plus important c’est de ne pas trop attaché
aux biens ; car le moindre mal dans cet amour c’est qu’il détourne de l’amour
d’Allah et de sa mention. Or, celui qui est occupé par ses biens, compte parmi
les perdants. Car lorsque le cœur se détourne de la mention d’Allah, il est
habité par le diable qui peut l’orienter là où il veut. Pour l’initier au mal,
il lui fait miroiter quelques bonnes actions pour le persuader qu’il fait du
bien.
Wasstaghfiroullah
WAllahou
‘alam.
Bibliographie
– Liens Internet
« L’éducation spirituelle et la
purification des âmes »; édition Iqra