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Le FIQH et son évolution |
Définition :
Le Fiqh signifie littéralement en arabe la vraie compréhension de ce que l’on
recherche, comme le dit le hadith de Muhammad
(saws) « A quiconque Dieu
souhaite le bien, Il lui donne le Fiqh (la compréhension correcte) de la
religion ».
Techniquement,
le Fiqh se réfère à la science de la déduction des lois à partir de l’évidence
trouvée dans les sources de la loi islamique (la
Shari’a).
L'Islam
n’a pas été révélé pour créer une nouvelle civilisation humaine, mais seulement
pour la réformer en confirmant ou en supprimant certaines
pratiques et coutumes déjà existantes. « Il ordonne le convenable, leur
défend le blâmable, leur rend licite les bonnes choses, leur interdit les
mauvaises. » Coran 7/157
Le
Coran : L’étude du Coran peut être divisée en 3 groupes:
-
La théologie(‘ilm al-kalâm, al ‘aqîda) Tout ce qui concerne la
croyance.
-
L’éthique.(‘ilm al-akhlâq) Concerne les principes moraux, le
comportement...
-
Les prescriptions légales. Concerne les commandements,
interdictions…
Le Prophète (saws)
était le seul à avoir l’interprétation parfaite du Coran
La Sunna :
Ce sont les actions et déclarations du Prophète (saws) ainsi que celles faites par les autres en sa
présence sans être désapprouvées.
Ces
jugements et décisions sur la religion étaient confirmer ou rectifier par les
révélations coraniques, il n’y avait donc pas de place pour l’erreur en matière
de Fiqh.
Bien sûr, le Prophète
(saws) était un être humain et il
pouvait se tromper sur des sujets autres que la religion : « Je suis
simplement un être humain, ce que je vous dis à propos de la religion,
acceptez-le, mais lorsque je vous dit une chose issue de ma propre opinion,
gardez-vous à l’esprit que je suis un être humain. »
Tous
ses jugements, décisions et opinions résultant de son raisonnement personnel
constituaient un entraînement pour les Compagnons, dans la façon d’appliquer la
Shari’a.
Ainsi, il préparait
les Compagnons à l’Ijtihâd en y établissant les règles et les
principes.
« Quiconque a pris une
décision raisonnée (ijtihâd) qui s’avère correcte, recevra deux rétributions
tandis que celui qui le fait et prononce une décision incorrecte, n’en recevra
qu’une. »
Les
Compagnons ont, alors appliqué l’ijtihâd décris par le Prophète (saws)
, notamment lorsqu’ils ont
été envoyés dans d'autres régions.
Le
Coran et la Sunna ont établi des principes que l'on pourrait classifier en
quatre catégories;
1. La suppression des
difficultés: « Dieu veut pour vous la facilité. Il ne veut pas la
difficulté pour vous. » Coran 2/18
Le
Prophète (saws)
choisissait toujours la voie la plus facile lorsqu’un choix lui
était laissé tant que celui-ci n’était pas une offense.
Et
lorsqu’il a délégué certains des Compagnons en tant que gouverneur au Yémen il
leur a dit : « facilitez les choses (pour les gens), et ne les rendez pas
difficiles. »
2. La réduction des
obligations religieuses: Tout était fait pour ne pas alourdir la religion.
Les Compagnons posaient quotidiennement des questions sur la religion au
Prophète (saws)
, il leur répondaient, mais parfois, il
préférait ne pas rentrer trop dans les détails pour ne pas rendre la religion
difficile aux musulmans. Par exemple, on lui posait souvent la question si le
Hajj était obligatoire chaque année, il déclara « si je dis oui, [une telle
pratique] deviendrait obligatoire, ne m’importunez pas à propos des choses que
je ne vous ai pas définies…. »
« Ô les croyants !
Ne posez pas de questions sur des choses qui, si elles vous étaient divulguées,
vous mécontenteraient. Et si vous posez des questions à leur sujet, pendant que
le Coran est révélé, elles vous seront divulguées… » Coran
5/101
3.
La réalisation du bien-être public:Allah prend en considération le bien-être
et la condition humaine. L'abrogation (Naskh) de certaines lois illustre
bien cette intention (Le legs, la période de Deuil, l'alcool,…).De plus,
certaines lois sont générales et larges afin de rendre possible leur application
partout et pour tous, alors que d’autres, qui concernent les intérêts communs de
tous, sont précises et détaillées.
4.
Réalisation de la justice universelle: Le Coran n'est pas venu pour régir
uniquement les rapports entre les Arabes, mais entre tous les peuples de la
terre. De même que le devoir de justice doit s'appliquer envers toute l'humanité
(musulman ou non).« Ô les croyants ! Soyez stricts (dans vos devoirs) envers
Dieu et (soyez) des témoins équitables. Et que la haine pour un peuple ne vous
incite pas à être injustes… » Coran 5/9
Avec l'extension des
territoires, les Califes bien-guidés (Compagnons) devaient résoudre des
questions de Fiqh car ils étaient confrontés à des nouvelles cultures,
modes de vie….
Pour ce faire, ils
ont établi un ordre de préférence des sources à utiliser :
Le
Coran
La
Sunna
La convocation des Compagnons:
Décision à
l'unanimité ou à la majorité ('ijma) sinon décision personnel du
Calife (ijtihâd).
La décision
personnelle (jamais consignée) du Calife bien-guidé n'était jamais contesté par
les Compagnons, mais elle pouvait être remplacée par celle du Calife suivant.
De plus, les
Compagnons étaient souvent questionnés individuellement sur des sujets auxquels
ils donnaient leur opinion en précisant que "ce n'est peut-être pas la décision
de Dieu".
Ainsi, ils
élaboraient des jugements en évitant le sectarisme, en traitant les problèmes au
fur et à mesure qu'ils se présentaient (réels), en s'adaptant au contexte (ex :
loi divorce…), en respectant la liberté d'opinion ('ijma…) et l'autorité
juridique(le Calife).
Il existait déjà 2
écoles de pensées parmi les Compagnons:
Celle de 'Umar ibn al-Khattab à Médine, qui était littéral, et celle de 'Abdellah ibn Mas'ud à Kûfa (Irak), basée sur l'opinion.
3/LA CONSTRUCTION
(661-750)
Le début de la
dynastie umeyyade (fondée par Mu’awiya) entraîna beaucoup de changements
nuisibles pour l'unité de la société musulmane. Comme le changement de régime de
Califat en royaume, l'apparition de faux hadiths, de bid'as contraires à
la religion…
Les déviations des
califes umeyyades, qui voulaient se justifier en utilisant le Fiqh, ont
poussé les Savants à éviter leurs réunions. Ceux qui refusaient de confirmer
leur abus étaient persécuté, et devaient fuir l’Etat.
De plus, des facteurs
socio-politiques ont entraîné la division des musulmans en sectes et en groupes:
Khawarijs; Shi'as; 'Abdellah ibn
Az-Zubayr et ses compagnons.
Il s'ensuivit des
luttes pour le pouvoir.
Au même moment, les
Savants furent dispersés dans l’empire, à cause des agitations qui s’y
déroulait. Cette dispersion les obligeait à pratiquer l’ijtihâd au
détriment de l’ijma, qui était devenu presque impossible.
Des écoles de pensées
commencèrent à naître un peu partout dans l’empire musulman, et les Savants de
chaque région commençaient à rechercher les hadiths et à compiler le Fiqh des
Compagnons.
Les étudiants des
différents Savants contribuèrent énormément à l’apport d’informations venant
d’ailleurs car, malgré tout, ils voyageaient beaucoup d’une école à
l’autre.
A ce moment, il y
avait toujours deux écoles importantes :
Celle de
Médine« ahl al-hadith » et celle de Kufa« ahl
ar-ray ».
4/ L’ EPANOUISSEMENT(750-950)
Avec le début de la
dynastie Abbasside (Abul ‘Abbâs), les califes voulaient un Califat digne de ce
nom, et donc basé sur une bonne interprétation de la Shari’a. Ils
accordaient une grande importance à l’étude des sciences islamiques. Certains
des califes devenaient même de grands
savants (Harûn ar-Rachîd).
Les écoles pouvaient
échanger leurs informations et opinions et en débattre plus facilement, ainsi il
y avait une grande flexibilité et peu de place pour le sectarisme. Lorsqu’un
Savant apprenait un hadith ou un jugement qu’il estimait sûr et plus correcte,
il n’hésitait pas à changer son opinion si elle était contraires.(ex :
khamr)
Les Savants
continuaient la recherche et l’étude des hadiths ainsi que les paroles et actes
des Compagnons et de leurs étudiants (athârs), en voyageant et en
étudiant avec les autres Savants.
L’apport de nouvelles
connaissances avec la traduction des
ouvrages scientifique et philosophique de Grèce, de Rome, de Perse…contribua au
perfectionnement de l’étude des Textes islamiques (Tafsir, science du
hadith, grammaire arabe…) et donc du Fiqh.
Ils élaborèrent
chacun, avec une approche différente, leur ouvrage de Fiqh et ils le classèrent
en 2 parties : les principes fondamentaux (‘Usûl) et
secondaires (Furû’). Ils classèrent également un ordre de
préférence des sources de la loi islamique :
L’opinion des
Compagnons (ijma’) ; (ijtjhâd)
Déduction
analogique (qiyâs) : Ijtihâd basé sur une des lois
citées plus-haut (ex :Marijuana, tabac)
L’intérêt général
Pratiqué par une partie des Savants sous des appellations
différentes.
La coutume
(‘Urf) Tant qu’elle ne contredit aucun principes de l’Islam (ex :
moment d’attribuer la dot). Contestée par une partie des Savants car risques
d’être assimiler à l’Islam.
Les califes
demandaient à leur Savant d’établir leur propre ouvrage du Fiqh comme loi
d’Etat, mais ils ont toujours refusé car ils estimaient que l’apport des
autres écoles ne devait pas être écarté. Malgré leur refus, une école
finissait par s’imposer au détriment des autres, notamment, à cause des débats
de cour organisés par les califes.
De plus, si un Savant
refusait de confirmer la loi d’un calife jugé contraire à l’Islam, il pouvait
être persécuté et torturé. Mais cela ne les influençait pas.
Il y avait pendant
cette période de nombreuses écoles (une dizaine) qui faisaient un travail
considérable et chacune contribuait à l'épanouissement de l'autre. Les Imams
fondateurs des écoles de cette période étaient: Abu Hanîfa; Mâlik; al-Awzâ'î;
Zayd; al-Layth; ath-Thawrî; ash-Shâfi'î; Ahmad; Dâwûd; at-Tabarî (Que Dieu
leur accorde Sa Miséricorde).
5/ LA CONSOLIDATION
(950-1260)
Les facteurs
politiques contribuèrent fortement à la disparition de nombreuses écoles pour ne
laisser la place qu'à seulement quatre d'entres-elles. Cette période correspond
également à la fin de la dynastie abbasside.
Les jugements des
fondateurs (et de leurs étudiants) furent regroupés, analysés, interprétés et
codifiés par les savants de leur école, il pouvait avoir des divergences, au
sein d’une même école, sur l'interprétation des déclarations du
fondateur.
L'ijtihâd dépassant le cadre de l'école est alors écarté, et est remplacé par l'ijtihâd al-madh-habî. Maintenant, les écoles atteignent leur forme finale de systématisation et d'organisation. Bien que des ouvrages sur le Fiqh comparatif apparaissent, ils laissent transparaître des idées sectaires.
6/ LE DECLIN, LA STAGNATION (1260-1850)
Cette période
représente l'émergence de l'empire ottoman ('Uthman Ier) et la mort
du dernier calife abbasside.
A ce moment les
savants ont estimé que l'ijtihâd n'était plus nécessaire, car selon eux,
tous les sujets avaient été traités. L'appartenance à une des quatre écoles
était obligatoire puisqu’elles étaient considérées comme entièrement correctes
et infaillibles.
Il eut beaucoup
d'abus, ainsi ceux qui refusaient d'appartenir à une des écoles étaient jugés
impie et ceux qui décidaient de changer d'école pouvait être puni et réprimandé.
Le mariage et même la prière à la Mecque n'étaient pas épargnés par ce
sectarisme.
Sous l'empire ottoman
il fut demandé à plusieurs savants de haut rang de codifier le droit islamique
qui fut imposé à tout l'empire. Cette tâche qui peut sembler noble, fut affectée
par le fanatisme juridique. Etant donné que les savants choisis appartenaient
tous à la même école. De plus, après les guerres de colonisation, les codes de
lois européens furent introduis dans le Fiqh.
Il faut noter que les
ouvrages des Imams fondateurs, que nous connaissons aujourd’hui, furent
condensés et résumés, ces mêmes résumés furent encore raccourcis, puis diminué
sous forme de sommaires. Les étudiants faisaient alors des commentaires aux
explications de ces sommaires pendant que d'autres y ajoutaient des notes…!
Heureusement cette période a vu l'apparition de réformateurs, qui voulaient un
retour à l'ijtihâd basé sur les sources anciennes des meilleures
générations qu'a décris le Prophète (saws)
"la sienne puis la
génération suivante, et celle d'après"
Ces réformateurs ont
fait un travail extraordinaire, parmi eux on peut citer: Ahmad Ibn Taymiyya
(1263-1328);Muhammad Ibn 'Ali Ash-Shawkâni (1757-1835); Muhammad 'Abdu
(1849-1905); Al-Afghâni (1839-1897); Sayyid 'Abdul A'ala Mawdudi; Nasir ad-dîn
al-Albânî, Hassan al-Banna…
Tous ces savants ont
travaillé, non pas, pour faire disparaître ces écoles et en créer une seule, car
la diversité des écoles est bénéfique, mais pour les unifier en évitant le
taqlîd (suivisme aveugle) et le sectarisme au profit
de l'ittiba' (suivisme raisonné) et l'ijtihâd aux
sources, conformément à la pensée des fondateurs des écoles.
Aujourd’hui, nous
devons tous aller dans ce sens, car seul Le CORAN et Le Prophète (saws) (en ce
qui concerne la religion) doivent être suivis aveuglément, les Compagnons et les
Imams fondateurs ne voulaient pas être suivis aveuglément, car ils savaient
qu’ils n’étaient pas infaillibles. Voilà les vraies et uniques sources de
l’Islam, ces générations décrites dans le hadith
Notre comportement, nos actes, notre façon de traiter les problèmes… doivent refléter les leurs. Ces sources sont larges (El hamdoulillah) et c’est pour cela qu’Allah nous appelle à la science et à la réflexion !!
WA
ALLAHOU 'ALAM
Livre recommandé:
Le Fiqh et son
évolution, Bilal Philips-édition Tawhîd. Toulon, mars
2003
NB : La source
exacte des hadiths cités figurent dans ce livre.